Alteriade, une agence de conviction

David Ajasse, gérant d'Alteriade

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Agence de communication spécialisée dans le fundraising et la collecte de dons pour le monde associatif, Alteriade est une SCOP SA lyonnaise de trente-trois salariés dont les trois quarts sont sociétaires. David Ajasse, qui en assure la gérance depuis la reprise coopérative de décembre 2019, livre ici ce qu'une telle forme change, et ce qu'elle ne change pas, dans la vie quotidienne d'une agence.

Portrait de David Ajasse, gérant d'Alteriade
David Ajasse, gérant d'Alteriade. Photo : Alteriade.

La cohérence comme raison d'être

Alteriade travaille exclusivement pour des associations, des fondations et des mouvements. Marketing relationnel, fundraising digital, campagnes de legs, mécénat : toute l'activité de l'agence est au service d'organisations qui œuvrent à construire une société plus solidaire. Le choix de la forme coopérative n'est donc pas un ajout exogène à ce positionnement, il le prolonge. « On travaille pour des acteurs de l'ESS, on est nous-mêmes dans l'ESS », dit David. La cohérence entre le discours et l'action est, ici, structurelle.

Mais cette cohérence n'a pas été le moteur originel de la reprise. L'agence existait déjà sous la direction de François Mayaux, son fondateur, dans une culture profondément collaborative. « On était déjà dans un mode coopératif sans en avoir le statut », se souvient David. La SCOP est venue instituer un esprit d'équipe qui existait avant elle.

Les deux cent cinquante mille euros

Lorsque le fondateur décide de céder son entreprise, 75 % de l'équipe salariée rassemble les 250 000 euros nécessaires pour participer au plan de financement de la reprise, sur un total de 900 000 euros. L'URSCOP de Lyon accompagne le processus de transformation. Le démarrage en janvier 2020 n'est pas des plus faciles : un appel d'offres majeur survient de façon inattendue, qui risquait de mettre en péril l'activité historique de l'agence et, quelques semaines plus tard, une longue période de confinement impose le télétravail, qui n'était pas du tout dans les habitudes de la maison. « Ce n'est évidemment pas comme cela que nous avions imaginé le début de notre aventure coopérative. » La SCOP n'avait pas encore eu le temps de prouver quoi que ce soit qu'elle devait déjà résister.

Le gérant qui rend des comptes

Le choix de la SCOP SA plutôt que de la SCOP SAS n'est pas anodin. La SA impose un Conseil d'Administration comme organe de gouvernance. Le groupe projet de la transformation l'a soumis ainsi au vote des futurs sociétaires. « À titre personnel, je ne souhaitais pas être PDG mais gérant, avoir un CA élu par les sociétaires, garant de notre projet coopératif et à qui rendre des comptes. » L'idée n'est pas de diluer l'autorité dans un collectif flou, mais de distinguer la responsabilité de la gérance de celle du projet coopératif.

Outre l'organisation de l'AG, le CA organise un séminaire annuel pour les sociétaires. Mais la différence entre les deux statuts, sociétaires et non-sociétaires, reste très faible dans le quotidien : pas d'assemblée générale de vote, pas de dividende, des pratiques et des instances de travail identiques. Ce qui les distingue, c'est un engagement dans la propriété collective, pas une différence de traitement.

Une trajectoire évolutive encourageante

La reprise a levé des attentes que la réalité coopérative ne pouvait pas toutes satisfaire. Certains salariés imaginaient une structure où tout se décide collectivement, en permanence. L'agence fait appel à un cabinet de conseil pour accompagner cet alignement : trois ou quatre séminaires pour poser les bases d'un fonctionnement coopératif lucide, ni romantique ni bureaucratique.

Après quatre années de fonctionnement, l'agence a engagé en 2024 une réorganisation afin de répondre au mieux aux enjeux stratégiques à venir. Aujourd'hui, David est entouré de deux directrices générales adjointes dans une co-direction, à laquelle s'ajoute un comité de gestion constitué des responsables de pôle. Une réorganisation elle aussi soumise au vote du CA.

Trois quarts de sociétaires

Le seuil de 75 % de sociétaires est atteint dès la constitution et s'est maintenu depuis. Chaque année, de nouveaux membres entrent dans le capital. Les conditions sont simples : un an d'ancienneté minimum, une participation volontaire, un apport minimal d'un mois de salaire, plafonné à dix fois ce minimum. D'anciens salariés qui ont quitté l'agence ont conservé leurs parts.

L'agence ne souhaite pas forcément aller plus loin ou plus vite en matière de sociétariat. « Nous ne voulons pas le rendre obligatoire », dit-il. Ce qui le touche le plus, ce sont les salariés de moins de trente ans qui choisissent de devenir sociétaires. Non par calcul, mais par engagement : dans le projet collectif, dans l'ESS, dans cette agence en particulier. « C'est ça qui m'émeut vraiment. »

Entretien réalisé par Yann Salètes le 25 août 2026, dans le cadre de la série de portraits du réseau SoSa.

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