Fournisseur coopératif d'électricité 100 % renouvelable, Enercoop est une SCIC nationale de cent quatre-vingts salariés dont plus des trois quarts sont sociétaires. Julie Bénégui, responsable de la vie coopérative et des partenariats ESS depuis bientôt dix ans, a accordé un entretien au réseau SoSa pour raconter comment l'entreprise cherche à tenir ensemble la cause, le modèle et les personnes.
L'énergie comme bien commun
Enercoop naît au moment de l'ouverture du marché de l'électricité à la concurrence, dans l'idée de remettre la question énergétique entre les mains des citoyens. La SCIC, qui rassemble producteurs, consommateurs, salariés et coopératives locales, n'est pas une couche de gouvernance ajoutée à un modèle commercial : elle est la structure même du projet. « On est sûr que l'énergie est un bien commun », dit Julie Bénégui. Pour porter cette conviction, il fallait un outil qui aligne les intérêts plutôt que de les arbitrer.
Enercoop nationale est aujourd'hui une structure de 180 salariés, adossée à un réseau de coopératives régionales. Les 568 producteurs d'électricité renouvelable partenaires approvisionnent des consommateurs qui sont aussi, pour 26 000 d'entre eux, sociétaires. Les salariés occupent une place distincte dans cette architecture.
Les deux sièges jamais vacants
Le Conseil d'Administration compte 18 sièges. Deux sont réservés aux salariés. Ils n'ont jamais été vacants. « On s'assure qu'ils ne le soient pas », dit Julie. Ces administrateurs, élus par l'ensemble des sociétaires et non par les seuls salariés, ne sont pas techniquement des représentants du personnel. Ils siègent comme n'importe quel autre administrateur. Mais ils portent quelque chose de particulier : « l'état des troupes, l'ambiance globale, la vision salariée sur les projets stratégiques. »
Le Conseil accueille aussi des représentants du personnel, non votants mais observateurs avec droit de parole. Julie a siégé dans cette configuration. Elle est aujourd'hui administratrice d'Enercoop PACA, la coopérative locale marseillaise, en plus de son rôle à l'échelon national : une nouvelle imbrication de casquettes, aux enjeux parfois divergents.
Cent euros, volontairement
La part sociale d'Enercoop nationale est fixée à 100 euros. Elle est présentée dès les entretiens d'embauche, proposée à la validation de la période d'essai, mentionnée dans le contrat de travail. Elle n'est pas obligatoire : environ 140 des 180 salariés ont franchi le pas.
Avant chaque assemblée générale, l'équipe de la vie coopérative lance un appel à celles et ceux qui n'ont pas encore souscrit : une invitation, une occasion de pédagogie, parfois la levée d'un oubli ou d'une hésitation financière. Certaines coopératives du réseau rendent le sociétariat obligatoire ; Enercoop nationale a fait un autre choix. « Ce n'est pas forcément clair pour nous pourquoi certains salariés ne le sont pas », admet Julie. C'est une des questions qui l'occupe.
Articuler les casquettes
Julie est salariée, sociétaire, secrétaire générale du syndicat créé chez Enercoop, et désormais administratrice d'une coopérative locale. Ce n'est pas une accumulation de titres, c'est une expérience vécue de la multi-appartenance. « Ça oblige à réfléchir avant de parler pour savoir avec quelle casquette on va prendre la parole. »
La tension la plus visible : voter, en tant que sociétaire, contre une décision qu'on a dû mener à bien pendant l'année en tant que salariée. Cela arrive rarement chez Enercoop, où les décisions stratégiques sont construites en bonne intelligence avec les équipes. Mais le contre-pouvoir existe, et Julie y tient. « Si on ne s'en saisit pas en tant que salariés, je trouve qu'on rate une occasion de donner son avis sur un sujet important. »
Repolitiser le sociétariat
Les salariés sociétaires d'Enercoop nationale sont peu, dans l'absolu, face aux 26 000 sociétaires consommateurs. L'équipe de la vie coopérative doit arbitrer son attention. Julie voudrait qu'on prenne le temps de comprendre pourquoi certains salariés ne franchissent pas le pas. Et elle voudrait, surtout, « repolitiser » le sociétariat : lui redonner son sens, celui de posséder son outil de travail, de tenir collectivement un projet qu'on croit important.
« J'ai l'impression que ça amène vraiment un sentiment de fierté », dit-elle. Et d'ajouter, avec la franchise de quelqu'un qui jongle depuis dix ans entre les rôles : « j'ai du mal à voir comment on pourrait ne pas y aller. »
Entretien réalisé par Yann Salètes le 31 août 2026, dans le cadre de la série de portraits du réseau SoSa.