Fondée en avril 2021 pour proposer un conseil indépendant dans la transition solaire, Solarcoop est une SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) de dix salariés et prestataires implantée en Rhône-Alpes. Son président bénévole, Michel Ollivier, vient d'un long parcours d'entrepreneur dans le monde des entreprises technologiques, dont plusieurs vies dans des structures en LBO. C'est cette trajectoire atypique qui donne à sa vision de l'actionnariat salarié sa couleur propre : mesurée, non prescriptive, et profondément convaincue que l'implication compte davantage que la détention de parts.
Un conseil indépendant comme raison d'être
Solarcoop démarre à dix-huit actionnaires, plusieurs professionnels du photovoltaïque, mais tous engagés dans des projets citoyens d'énergie. Le moteur de la création est simple : proposer une alternative au conseil traditionnel, des avis désintéressés, un réseau d'artisans sélectionnés, des prix de marché. Solarcoop n'installe pas, ne vend pas de financement, ne prend pas de marge sur la mise en relation. Ce positionnement d'indépendance est au cœur de son identité depuis le premier jour.
L'entreprise développe deux activités. La première consiste à vendre des kits photovoltaïques en autoconstruction que les particuliers installent eux-mêmes. La seconde propose un conseil indépendant à ceux qui souhaitent passer par un installateur : dimensionnement, chiffrage, puis mise en relation avec l'un des cent vingt artisans qualifiés du réseau. Solarcoop reste à distance ; le chantier se fait local.
Les salariés sont tous en CDI au sein de GEDERRA, le groupement d'employeurs de la transition énergétique en Rhône-Alpes, aux côtés des ALEC, de Négawatt et d'une dizaine d'autres structures du secteur.
Une coopérative à plusieurs collèges
Solarcoop est une SCIC. Là où une SCOP réunit majoritairement des salariés-associés, la SCIC organise la gouvernance en collèges distincts (salariés, bénévoles, partenaires), chacun représenté dans les instances. Ces collèges ont été formalisés aux statuts deux ans après la création, lorsque la structure a trouvé sa forme coopérative.
Trois salariés sur dix sont aujourd'hui sociétaires : l'un était cofondateur et a mis de l'argent avant même de recevoir sa première fiche de paie ; les deux autres ont rejoint le capital progressivement. Deux d'entre eux siègent au conseil de gestion, qui se réunit quatre à cinq fois par an. Ce statut d'associé ouvre une porte précise : celle des instances. « S'ils ne sont pas associés, ils ne peuvent pas être membres du Conseil de gestion. »
Mais ce que Michel Ollivier observe surtout chez ces salariés-associés, c'est un changement de regard. Là où un salarié pense à son périmètre, l'associé développe ce qu'il appelle le « double raisonnement » : il apporte la voix du terrain tout en portant les contraintes de gestion. Dans les réunions bimensuelles, ce sont eux qui tempèrent spontanément les demandes trop coûteuses. « Un rôle qu'on ne leur donne pas, mais un rôle qu'ils se donnent. »
L'implication de tous, avec ou sans parts
Chez Solarcoop, le sociétariat ne conditionne pas l'implication. Toute l'équipe se retrouve toutes les deux semaines pour un tour d'activité et un sujet opérationnel mis en débat : un nouveau produit, une évolution de process. Tout le monde peut prendre la parole, y compris pour des sujets en dehors de ses attributions.
Trois séminaires annuels complètent ce rythme, dont un qui rassemble salariés et associés pour une journée entière d'ateliers, le jour de l'assemblée générale. Les salariés non associés sont invités à rester pour l'AG elle-même. La part sociale est fixée à cent euros, l'accès reste ouvert, et la proposition récurrente sans jamais devenir une obligation.
Les tâtonnements : la leçon des LBO
Michel Ollivier porte une conviction forgée par l'expérience. Dans ses vies précédentes, il a traversé deux épisodes d'actionnariat salarié dans des entreprises en LBO. Dans le premier cas, les salariés ont gagné de l'argent à la cession. Dans le second, ils avaient réinvesti, l'entreprise n'a pas atteint ses objectifs : la situation est devenue complexe. « L'actionnariat salarié peut être compliqué par moments. Si ça marche tout va bien, mais si ça ne marche pas, c'est la double peine. »
Cette expérience explique sa posture actuelle. « Je ne me sens pas du tout dans la position d'inciter des salariés ou d'imposer à des salariés de devenir associés. Je veux leur laisser toute liberté. » Sept salariés sur dix n'ont pas franchi le pas, malgré un ticket d'entrée symbolique. Solarcoop avait même ouvert les portes du conseil de gestion aux salariés comme auditeurs, sans droit de vote. Michel Ollivier ne cherche pas à forcer l'interprétation : les raisons de ne pas formaliser son appartenance au capital sont aussi diverses que celles de le faire.
Responsabiliser dans les deux sens
Ce que Michel Ollivier retient de ses années à diriger des équipes techniques, bien avant Solarcoop, c'est qu'impliquer les salariés n'est pas une option. « Dans les entreprises où j'ai été avant, on a toujours eu cette démarche, indépendamment du capital. » Dans un monde de cadres et d'experts, si on ne les implique pas, on perd.
Chez Solarcoop, cette conviction prend une forme concrète : donner à chacun les clés pour lire l'entreprise. « Ils ne tombent pas de leur chaise quand il y a un problème, parce qu'on le leur a dit. » Une salariée a écrit à son responsable et au président, il y a quelques semaines, pour dire qu'elle était fière de travailler là. « Ça fait du bien à tout le monde. »
« Impliquer, c'est responsabiliser dans les deux sens : les salariés vis-à-vis de l'entreprise, et les dirigeants vis-à-vis de leurs équipes. »
Si l'entreprise fonctionne, c'est parce que les salariés en sont les moteurs, non les destinataires d'un projet décidé ailleurs.
Entretien réalisé par Yann Salètes le 19 août 2026, dans le cadre de la série de portraits du réseau SoSa.